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Glossaire
Le vocabulaire du management, sans jargon
Le vocabulaire du management et du coaching est plein de mots qui sonnent précis et s'emploient vaguement. Voici les définitions dont nous partons.
- Alternance de languescode-switching · alternance codique
Passage d'une langue à l'autre au cours d'un même échange (à Maurice, entre kreol, français et anglais) selon l'interlocuteur, le sujet ou le degré de formalité recherché.
C’est le fait linguistique le plus ordinaire de la vie professionnelle mauricienne, et le moins souvent traité comme un objet de management. L’alternance n’est ni un défaut de maîtrise ni un relâchement : elle est signifiante. Passer au kreol peut désamorcer une tension ou rapprocher ; passer à l’anglais peut formaliser, mettre à distance, ou simplement signaler qu’on entre dans le registre du document officiel.
Ce qu’un manager gagne à le voir : les mêmes bascules qui facilitent un échange peuvent exclure une personne de la table, et rendre invisible la compétence de quelqu’un qui suit parfaitement mais ne contredit que dans une seule des trois langues. Le glossaire du management, écrit ailleurs, n’a pas de mot pour cela : d’où cette entrée.
Le cas mauricien est à trois langues et non à deux : le créole, le français et l’anglais se succèdent parfois dans la même réunion, avec un registre différent à chaque bascule. Un message reçu comme cordial en créole peut être reçu comme sec une fois repris par écrit en anglais.
- Coaching d'équipecoaching collectif
Accompagnement d'un collectif qui dysfonctionne, commençant par un diagnostic (entretiens individuels et observation d'une réunion réelle) avant toute séance de travail.
Le coaching d’équipe se distingue du séminaire de cohésion par son point de départ : il traite un collectif qui ne fonctionne plus, là où le séminaire renforce un collectif qui fonctionne. Confondre les deux est l’erreur la plus coûteuse du domaine : un séminaire posé sur un conflit non traité impose une convivialité que personne ne ressent et laisse l’équipe plus abîmée qu’avant.
La condition d’entrée est rarement négociable : le commanditaire doit accepter que le diagnostic puisse mettre en cause son propre fonctionnement. Sans cet accord donné avant de commencer, la démarche s’arrête au diagnostic.
Dans les groupes familiaux mauriciens, le format trouve son usage le plus net quand l’autorité informelle ne suit pas l’organigramme. C’est un motif de fonctionnement, pas un désaccord ponctuel, et seule une séquence longue permet de le nommer sans que la séance tourne au règlement de comptes.
- Codéveloppement professionnelcodéveloppement · groupe de pairs
Méthode structurée en six étapes où un groupe de pairs aide l'un des siens sur une situation bloquée, en s'interdisant de conseiller avant d'avoir questionné et compris.
La discipline du format fait tout le travail. Dans une réunion ordinaire, les conseils arrivent avant que la situation soit comprise, et celui qui expose se défend au lieu de réfléchir. Le codéveloppement interdit le conseil pendant les deux premières étapes et impose un temps de questions : le plus souvent, c’est la personne elle-même qui reformule son problème à ce moment-là, et c’est cette reformulation qui débloque.
Trois rôles tournent d’une séance à l’autre : le client, qui expose ; les consultants, qui questionnent puis proposent ; l’animateur, qui tient le déroulé. Un groupe expérimenté se passe d’animateur extérieur au bout de trois ou quatre séances.
Le format se heurte ici à une contrainte propre aux petits marchés : il faut composer le groupe de sorte qu’aucun participant ne se retrouve à exposer un problème réel devant un concurrent direct. Des cercles inter-entreprises bien composés, ou intra-groupe dans les grands conglomérats, sont les deux montages qui fonctionnent.
- Délégationniveaux de délégation
Confier une tâche avec le niveau d'autonomie décidé à l'avance (de « fais et rends compte » à « décide seul ») plutôt que de la confier sans dire lequel des deux on attend.
Une délégation échoue rarement parce que la personne était incapable. Elle échoue parce que le niveau d’autonomie n’a jamais été dit : le manager croyait avoir confié une décision, le collaborateur croyait avoir reçu une exécution, et chacun tient l’autre pour responsable du malentendu.
Le symptôme à surveiller est la reprise en main. Un manager qui récupère systématiquement le dossier au troisième jour n’a pas un problème de délégation mais un problème de niveau : il a délégué plus haut qu’il ne pouvait le supporter, et il vaut mieux déléguer un niveau plus bas et le tenir que déléguer haut et reprendre.
La difficulté mauricienne la plus courante n’est pas de confier la tâche, c’est de savoir si elle a été comprise. Un accord donné par politesse ressemble beaucoup à un accord réel, et ne se distingue de lui qu’au moment du rendu. Une délégation formulée en demandant une reformulation plutôt qu’un oui règle l’essentiel du problème.
- DISCprofil DISC · méthode des couleurs
Le DISC est un modèle comportemental décrivant quatre préférences (dominance, influence, stabilité et conformité) utilisé pour comprendre comment une personne communique et décide au travail.
Le DISC décrit des comportements et non une personnalité, et il les décrit dans un contexte professionnel précis. Sa simplicité est voulue : quatre préférences, observables en réunion, utilisables quelques minutes après avoir rencontré quelqu’un.
Sa valeur est pratique et non diagnostique. Savoir qu’un interlocuteur veut la conclusion avant le détail change la manière d’ouvrir une conversation. Cela ne dit rien de ce qu’il est comme personne, et prendre un profil pour un verdict est la façon la plus courante de mal utiliser le DISC.
À Maurice, l’usage le plus fréquent est celui d’équipes mixtes, où un comportement se voit spontanément attribué à une communauté plutôt qu’à une personne. Le DISC sépare le style de l’origine, ce qui permet de dire « c’est sa manière de fonctionner » au lieu de « c’est leur manière à eux ».
- Ennéagrammeles neuf bases
L'Ennéagramme est un modèle de compréhension de soi décrivant neuf bases, chacune définie par une motivation centrale et par ce qu'elle cherche à éviter, plutôt que par des comportements visibles.
Là où le DISC décrit ce qu’une personne fait, l’Ennéagramme cherche ce qui la fait agir : la motivation centrale d’une base, et l’évitement qui en est le revers. C’est ce qui explique des réactions qu’un modèle comportemental ne prévoit pas, notamment sous pression, où chaque base se déplace de manière assez régulière.
Deux limites se disent d’emblée. L’Ennéagramme n’est pas un instrument scientifique et ne prédit aucune performance : il n’a donc rien à faire dans un recrutement ou une évaluation. Et la base ne s’attribue pas de l’extérieur : elle se reconnaît par la personne elle-même, ce qui est précisément ce qui distingue le modèle d’un test.
La lecture des motivations prend une valeur particulière dans un marché où le manager ne peut pas recomposer son équipe à volonté. Le vivier est réduit, les mêmes noms circulent, et comprendre ce qui meut la personne que l’on n’atteint pas est en général plus rentable qu’espérer un remplacement.
- Leadership situationnelmanagement situationnel
Principe selon lequel le style d'encadrement approprié dépend de l'autonomie de la personne sur la tâche en cours, et non du tempérament du manager ni d'un style qu'il aurait choisi.
L’idée est simple et rarement appliquée : le même collaborateur n’appelle pas le même style selon la tâche. Expérimenté sur son métier, il demande qu’on le laisse faire ; sur un dossier qu’il n’a jamais traité, le même « je te laisse faire » est un abandon.
C’est ce qui rend la question « quel est votre style de management ? » moins utile qu’elle n’en a l’air. La réponse pertinente n’est pas un style mais une capacité à en changer, et le principal obstacle n’est pas la connaissance du modèle mais l’habitude : la plupart des managers appliquent le style qui leur est confortable et l’appellent une conviction.
La saisonnalité brouille la lecture. La même personne peut être parfaitement autonome en basse saison et avoir besoin d’un cadrage serré pendant un pic, avec des volumes inhabituels et des saisonniers autour d’elle. L’autonomie se juge par tâche, et à Maurice la tâche change deux fois par an.
